
Dimanche 2 février 2025
À la librairie Utopia, Yannick Blanc est venu éclairer l’histoire et la pratique de la prospective, dans le cadre d’une journée de lancement de notre projet.
La prospective participative : penser le présent depuis l’avenir
Née en France sous l’impulsion de Bertrand de Jouvenel et Gaston Berger, et institutionnalisée en 1960 avec l’Association Futuribles, la prospective s’inscrit dans une histoire plus large. Aux États-Unis, les futures studies existaient déjà, et dans de nombreux pays, elles ont pris corps comme discipline universitaire. En France, en revanche, la démarche a surtout été portée par des consultants, à l’écoute des besoins de leurs clients, orientée vers la stratégie plus que vers une recherche désintéressée.
Mais, rappelle Yannick Blanc, il est essentiel de comprendre ce que la prospective ne fait pas : elle ne prédit pas, ne prescrit pas, ne planifie pas et ne prévoit pas. Elle est avant tout une attitude, une manière d’analyser le présent en se plaçant dans la perspective du futur. Le prospectiviste rassemble observations et transformations, formule des hypothèses, et met à disposition de collectifs des scénarios possibles. Ces derniers prennent ensuite la forme de tableaux, récits, représentations graphiques ou encore histoires imaginées, supports à la discussion et à la décision.
Trois types de phénomènes à observer
Le travail prospectif consiste à repérer et articuler trois grands types de phénomènes :
- Les tendances lourdes, évolutions profondes et durables qui façonnent la société, comme les transformations démographiques, qui comportent leurs attendus comme leurs imprévus.
- Les phénomènes émergents, encore récents mais porteurs de bouleversements potentiels, à l’image de l’irruption de l’intelligence artificielle ces dernières années.
- Les signaux faibles, traces encore à peine perceptibles mais pouvant devenir les germes de profondes transformations futures.
Ces éléments peuvent provenir de multiples sources – données économiques et sociales, innovations technologiques, ou encore transformations écologiques –, que le prospectiviste collecte et ouvre à la discussion collective.
La prospective participative
La prospective prend une dimension nouvelle dès lors qu’elle est participative. L’expérience de la Fonda en témoigne : il ne s’agit pas de produire des scénarios figés, mais de construire des représentations collectives de l’avenir. Le rôle des experts est alors d’apporter des hypothèses, mais ce sont les acteurs, les parties prenantes, qui débattent, confrontent leurs vécus et expériences, et finissent par co‑fabriquer une vision partagée de ce qui pourrait advenir.
Notre démarche
Dans notre projet, il s’agira de sélectionner des données relatives à notre territoire, de les confronter à ce que vivent les habitants et acteurs locaux, puis de formuler des hypothèses en dialogue avec des experts. Le but n’est pas de trancher un débat entre postures, mais de mettre en discussion différentes représentations de l’avenir, d’apprendre à formuler ensemble des scénarios et à élargir notre vision des possibles.
La prospective apparaît alors non comme un outil pour décider à la place, mais comme une méthode pour ouvrir des horizons communs et préparer collectivement les choix à venir.
